Lundi 07 septembre 2015

06h30 Le réveil s'allume, sur l'écran, apparaît la séduisante trombine du présentateur qui d'un air grave débite les titres du journal. L’essentiel des nouvelles est constitué des événements de la nuit dans le monde. Il est question de manifestations violentes de résidents d'îles lointaines qui se retrouvant sous les eaux ont tout perdu, d’un trader fou, encore un, qui aurait fait perdre des milliards d’euros à un célèbre institut financier, d’un camion de produits toxiques qui s’est renversé sur l’A9 à la hauteur de Béziers provoquant la coupure de l’autoroute, un bouchon monstrueux, et une panique dantesque, du prix du baril de pétrole qui, ne cessant de grimper, bat un nouveau record et de ses répercutions sur les prix à la pompe, de la sortie au cinéma d’un nouveau film tragi-comique dont Albert Dupontel est le réalisateur ainsi que l’interprète principal et d’une alerte orange en prévision d’une violente tempête sur la pointe de la Bretagne en fin de journée.
Lena se réveille en sursaut, elle rêvait, le réveil n’a pas sonné. Pourtant, il s'est bien mis en marche, mais aucune voix n'est sorti de la petite boîte, pas un son. Étrange, d'autant que l’écran, en lieu et place du charmant journaliste et de ces chroniqueurs et invités, laisse apparaître le plateau habituel du journal mais vide de toute présence humaine. Curieux ! Cela est très certainement dû à d’une panne quelconque, conclut Lena. Elle jette un bref coup d’œil à sa montre. Les aiguilles indiquent 6h30 précisément, la même heure que chaque matin lorsqu'elle s’extirpe de son lit pour aller travailler. Elle n'a pas le temps de traîner et encore moins de s'appesantir sur les bizarreries de son réveille-matin. Elle se lève sans bruit, afin de ne réveiller personne. Elle s’empare de ses vêtements, qu’elle a mis un temps fou à choisir dans son dressing la veille au soir, changeant plusieurs fois d’avis, et qu’elle a ensuite disposé avec grand soin sur son valet de nuit, et file à la salle de bain prendre une bonne douche.
Il est hors de question d'être en retard. Aujourd’hui, une grosse journée, une très grosse journée, qu’elle prépare depuis des mois, l’attend. Le grand jour de ce fameux séminaire est enfin arrivé. Son niveau de stress est au maximum, les derniers détails doivent impérativement être réglés pour 9h30. Ayant une heure de trajet pour se rendre au bureau, elle ne peut se permettre aucun retard. Après s'être lavée et habillée rapidement, elle avale un café bien serré, puis un deuxième, un yaourt aromatisé au citron et un jus d’agrumes bien frais. Elle est trop pressée et trop sur les nerfs pour se préparer quelques chose de plus consistant. Elle regagne la salle de bain, se brosse les dents, se peigne et enfin se maquille avec soin. Lorsqu’elle est satisfaite, elle fonce dans l’entrée, enfile sa veste, s'empare de son sac et de ses clefs. Un dernier coup d'oeil dans le miroir, tout est ok ! Elle rejoint sa voiture, s'installe au volant, sélectionne sa playlist préférée sur l’ordinateur de bord et démarre.
A la sortie du lotissement, elle emprunte la départementale en direction de Gignac, comme d'habitude. Lena est stressée, elle exècre ces grandes messes, aux discours remplis de bonnes intentions qui ne sont que trop rarement suivis d'effets, où les participants viennent pour se montrer et avaler des petits fours. Lena est plutôt introvertie, elle déteste prendre la parole en public et pourtant, c'est elle qui aujourd’hui à la charge de faire office de maître de cérémonie. La journée va être longue. Vivement ce soir ! Il faut que tout se passe sans accroc, sinon elle subira les foudres, voir la furie du préfet, celui là n'est vraiment pas commode, une vraie calamité. Elle en a subi plus d’un, depuis qu’elle travaille en préfecture, mais celui ci est le plus inhumain qu’elle ait jamais croisé. Il considère chaque employé comme un larbin. Oui, monsieur, à votre service monsieur, elle n’en peut plus du protocole, de toutes ces courbettes, de ce milieu hyper-politisé, elle rêve de changer d’univers, d’exercer une activité plus authentique. Mais bon, ce n’est pas pour aujourd’hui. Elle doit assumer et assurer, elle repasse dans sa tête les derniers éléments qui lui restent à régler, il ne faut absolument ne rien omettre : - finaliser le dernier document (que Monsieur le préfet a ajouté hier à la dernière seconde évidemment.) - l'ajouter au dossier électronique - s'assurer du bon fonctionnement de la visioconférence - .... Ses pensées vagabondent. La route défile. Tout à coup, elle prend conscience qu'il y a quelque chose qui cloche. Quelque chose d'inhabituel, d’anormal. Elle ne parvient pas à déterminer de quoi il s’agit, ni ce qui a déclenché cette sensation. Aussi rapidement qu'elle est apparue, cette impression de malaise se dissipe et ses pensées reprennent instantanément leurs cours vers les détails de ce satané séminaire.